Atelier d’écriture

45 min d'écriture libre sur un thème

#2 L’espace

Ça y est, le moment tant attendu est enfin arrivé. Je me suis entraîné toute ma vie pour être cet ouvrier sur-qualifié dont le travail n’a pas de fin. J’ai appris sept langues, je suis ingénieur, biologiste, sportif aguerri, physicien, mécanicien… J’ai un parfait contrôle de mes émotions, de mes états d’âme. Rien de ce que je fais n’est futile. Je suis un exemplaire parfait de ma colonie d’humain. Un modèle avec toutes les options. A mes heures perdues je suis excellent musicien, un photographe à l’œil affûté et ma sympathie m’octroi même le rôle de mascotte de l’espace. J’écrirai(s) un livre en rentrant, enfin c’est ce que m’a dit mon attaché de presse. Je ne savais d’ailleurs pas que j’en avais un. Ils me regardent tous comme si j’étais plus qu’un humain, un surhomme en quelque sorte. Pourtant je me sens bien loin de ce qui fait de moi un Humain dans cet environnement si hostile et oppressant. Envoyé en orbite dans la station internationale, à bord de mon emballage, je suis bien ficelé afin d’être certain d’arriver à bon port sans le moindre défaut. Je porte en moi les espoirs de toute une nation. L’espoir que je sois assez rempli de tous leurs savoirs pour répondre aux questions qu’ils ne se posent pas encore.

Je l’ai souvent imaginé, l’espace, le vide, être entouré par le vide. Et ça y est, le moment tant attendu est enfin arrivé. J’ai sauté. Je flotte. Le silence est écrasant et j’ai l’impression d’étouffer. Je gigote mes membres comme pour me déplacer mais cette apesanteur suit très clairement ses propres règles. Respires. Souviens toi, tu as été conçu pour ce moment. Le pouls retrouve son rythme de croisière, la vision s’élargit. Regarder. Observer. Ressentir. La Terre est si grande, la Lune aussi. Elle disparaît derrière l’horizon qui, jusqu’à présent, me paraissait infini. Mais aujourd’hui je peux en apercevoir les limites. Je l’avais déjà vu en photo ou en réalité virtuelle, cette grosse sphère bleu. Mais aucune image ne peut retranscrire la force, l’énergie impressionnante qui la met en mouvement. Elle est là, devant moi et elle tourne. J’ai l’impression de pouvoir entendre son cœur de feu battre en un sourd grondement. Soudain, l’angoisse me prend. Je n’y avais pas encore pensé. Je me retourne sur moi même à l’aide de la corde accrochée à ma taille et qui me maintient à bonne distance de la station. Je n’aurais jamais cru tenir une corde aussi fort. Et le voilà, le vide. Le rien. Le noir. Le pouls s’emballe à nouveau. Un souvenir me revient, ou plutôt une sensation. Je ne suis pas certain de l’avoir vraiment vécue, peut-être l’avais-je seulement imaginée. Cette sensation d’être au milieu de l’océan, le bleu devenant de plus en plus foncé sous mes pieds, devant et derrière moi. Cette sensation de vulnérabilité intense. Une angoisse d’agonie probablement similaire à celle d’un poisson hors de l’eau. Sans mes protections, je ne pourrais que me débattre un court instant dans cet environnement où je ne peux ni respirer, ni bouger, ni m’enfuir.

Note : 2.5 sur 5.
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